5 PILIERS

La pensée symbiodesign s’articule autour de 5 piliers majeurs.

Ces principes éthiques constituent en quelque sorte les soubassements scientifiques, culturels, ontologiques qui soutiennent le symbiodesign. Ils sont à prendre dans leur ensemble pour penser le maillage symbiotique, ou plus trivialement « ce qui fait symbiose ou pas ».

« Faire-milieu » tire son essence du concept de « faire-société ». Ce dernier prône le principe de « l’intérêt général » des individus (véritable ciment social du vivre-ensemble). En dessinant un « faire-milieu », nous incluons toutes les formes de vie dans leurs altérités en leur donnant une existence de premier ordre, par une opération de changement d’échelle et de décentrement. C’est un changement de point de vue, une expérience de reconnexion au vivant, en soi et en dehors. Faire corps avec ce milieu de vie passe donc nécessairement par une transformation de notre rapport ontologique, un tissage de relations et le déploiement d’une gamme d’affects nouveaux/retrouvés à l’égard des vivants.

La pensée et la pratique du symbiodesign sont profondément ancrées dans le milieu dans lequel nous nous inscrivons. Notre démarche – de création, de médiation ou de renoncement – est dite située. Elle part du contexte local  pour accommoder les pratiques en termes de compatibilité avec le milieu en comprenant les cohabitations entre les humains et non humains, les conditions qui rendent le milieu habitable, les interdépendances, les tensions et dilemmes entre les éléments, les capacités et contraintes matérielles du milieu.

Tisser le social et l’écologie

[lire] Renouveler la critique écosociale

[lire] Agir d’un même corps écosocial

Bien que les luttes sociales et écologiques initient une démarche de pensée convergente, celles-ci doivent pour dépasser le militantisme s’ancrer profondément dans l’imaginaire collectif par une intégration profonde dans l’action politique et les actes réels de conception. 

Pour définir une écosocialité intégrale et éviter les approches dissociées et hors-sol, le symbiodesign propose, en amont de tout acte de conception, de (r)établir des points de convergences sensibles comme le corps, entre pensées et actions.

Nous héritons d’un ensemble de vestiges non-soutenables, parfois toxiques. Le symbiodesign est une manière de reprendre ce monde, en prendre soin, inventer de nouvelles habitalibilité pour vivre avec. Mais que faire des entités devenues obsolètes (de façon très pragmatique plutôt que symbolique) ? Nous mobiliserons pour cela un répertoire d’actions tangibles de re-potentialisation et de recomposition : réparation, restauration, réhabilitation, détournement… 

À une autre échelle, le symbiodesign tente d’ancrer l’économie dans la biosphère (comment vivre dedans). En nous inspirant des mécanismes symbiotiques de régénération et de coopération, chaque nouvelle pratique (technique ou sociale), est questionnée dans sa capacité d’intégration aux cycles naturels, son degré d’écocompatibilité.

Alors que l’effort écologique du secteur industriel se concentre sur l’innovation technique (se mesurant en termes de performance « environnementale » ou simplement « énergétique »), symbiodesign s’évertue à questionner en priorité « l’utilisation » de l’énergie plutôt que la « source ». Cela nécessite une réorientation des pratiques en agissant sur les facteurs culturels, symboliques, éthiques (primum non nocere : d’abord ne pas nuire, ne pas faire) et finalement nous amène à réinventer des modèles de production / consommation compatibles avec le vivant.

L’attitude pragmatique et vertueuse repose de façon complémentaire sur des approches lowtech qui remettent les gens en capacité de faire, de comprendre les conditions matérielles qui les relient au milieu. Cette démarche ouvre la voie de l’autonomie collective en permettant à chacun de se réapproprier des techniques de production rendues alors accessibles (par la création de communs). 

Rétablir une politique des communs en soutien à la vie

[lire]

Au-delà de la dichotomie privé-public,  les communs ouvrent une voie médiane qui engendre de nouveaux modes de cohabitation régis par la coopération. Pour engager une réappropriation de ce qui est commun par tous ses habitants (humains et non humains), l’idée de symbiodesign fait entrer la notion de communs au cœur des délibérations et de l’action politique. 

Cet angle intuitif et pragmatique réoriente nos façons de faire collectif pour bâtir ensemble des modèles spécifiques d’auto gouvernance des communs, créer des pratiques de productions de communs (matériels et de savoirs) ou de consommation des biens communs (à réguler pour les préserver), expérimentés dans des espaces-temps qui cultivent des imaginaires puissants et féconds (tiers-lieu, ZAD…).