LA GENÈSE

Raison d’être

Pour qui, pour quoi ?

Notre volonté en partageant librement le fruit de notre travail autour du symbiodesign, consiste à réunir une communauté des métiers de la conception, du vivant, des sciences humaines, de l’art… à la fois sensibles et convaincus par la portée de notre démarche, et qui souhaiteraient contribuer à faire prospérer le symbiodesign. Celles-ci sont les premières graines d’un travail que nous voulons in(terre)dépendant, transdisciplinaire et créateur de communs.

Nous ne sommes pas experts d’une approche aux contours à peine esquissés, ni spécialistes des méthodologies pour endiguer les effondrements actuels. C’est pour autant un ensemble de faits qui nous traversent intellectuellement et émotionnellement, que nous décryptons et interprétons au fur et à mesure de nos rencontres, nos découvertes pour enrichir et consolider notre approche. 

Ce travail n’a donc pas la prétention à l’exhaustivité ou à la rigueur universitaire. Pour reprendre les mots de l’astrophysicien Aurélien Barreau : « personne n’est compétent pour parler de la fin du monde ! Je parle en tant que citoyen du monde et membre de la tribu des vivants » (2020). En tant que designers, nous plaçons l’étude terrain et l’expérimentation au coeur de notre démarche de conception. 

Changement de paradigme de conception « désanthropocentré » !

Alors que le vivant semble (enfin) rentrer dans le champ de l’attention collective et politique, nous souhaitons faire justice à la formidable altérité qui le caractérise, reconsidérer les dynamiques écologiques que nos parentes ont activées bien avant nous, pour nous inspirer, nous y inscrire

Nous soumettons pour cela une façon de penser et d’agir qui renverse le point de vue du concepteur, devenu alors sujet de son milieu : non plus centré sur nous-mêmes en tant qu’humain, mais centré sur le vivant avec qui nous partageons la surface du globe (la couche critique qui crée les conditions favorables à la vie) et donc en tant que terrestre (Latour, 2017). Nous nous éloignons ainsi de l’héritage d’un ensemble d’approches « innovantes » enfermantes et stériles (hors-sol, focalisées sur les « besoins » client, indexées à un impératif de croissance, etc) et de méthodologies de bioinspiration tournées vers la R&D (innovation techno-centrique, effet rebond non anticipé). 

Nous nous reconnaissons davantage dans l’éclosion d’initiatives terrain qui ont fait le choix de renoncer à des pratiques nocives et dépendantes du système capitaliste, pour réinventer de nouvelles façons d’habiter, se nourrir, partager (tiers-lieux, ecovillages, micro fermes, coopératives, etc.).
Nous envisageons finalement le symbiodesign comme une approche sensible et pragmatique reposant sur les principes empiriques et philosophiques de la permaculture, orientée sur l’exploration et l’expérimentation. Une manière de se reconnecter avec le vivant, en soi et en dehors de soi.

Symbiocène by design, comme nouveau dessein ?

La vie s’est chargée pendant plus de 3 milliards d’années de construire des relations symbiotiques – nous descendons d’ailleurs indirectement d’une relation étroite avec un virus, par l’oeuvre d’une symbiose – et pourtant, l’humanité s’est évertuée à les rompre durant ces trois derniers siècles (Margulis, 2008). Pléthore de chercheurs reconnus pour leurs travaux nous ont permis de comprendre cette crise du vivant dans toutes ses dimensions, aujourd’hui aussi indéniable que globale. L’écrivaine Dorothée Browaeys accuse notre « système techno-industriel de n’avoir eu de cesse de détacher l’être humain de ses symbioses ancestrales » (2020). Scientifiques, philosophes, journalistes comme praticiens de tout horizon, en appellent aujourd’hui à notre sérieux (Barrau, 2020) et notre inventivité pour vivre avec les ruines du capitalisme (Tsing, 2017), faire du redirectionnisme écologique tout en « renonçant à des futurs déjà obsolètes » (Monnin, 2020). Nous devons renouer avec le vivant, « réencastrer notre économie dans la biosphère » (D. Browaeys, 2020) et « inventer de nouveaux gestes barrières contre le retour à la production d’avant-crise » (Latour, 2020).

Le travail de sémantique du philosophe Glenn Albrecht autour de la symbiose (2020) nous a permis de mettre des mots sur ce qui était le coeur de notre réflexion : les processus de coopération à toutes échelles de la vie (les processus biologiques comme les comportements d’entraide dans la société). Nous prenons ce terme central dans notre évolution au sens le plus large : le vivre-ensemble caractérisé par un ensemble de relations fécondes entre les vivants.

La symbiose nous aide à penser et investir d’autres manières d’habiter le monde, qui placerait la « symbiose au centre de toutes nos délibérations humaines » (Albrecht, 2020) créant un sentiment d’unité, voire d’osmose avec le vivant (ex : les Achuars, les Kogis, les Jivaros…). 

Ce changement de paradigme nous oblige à abandonner des termes propres à l’Anthropocène qui perpétuent notre séparation avec la vie (la résilience perverse, la durabilité, l’environnement…) et faire place au Symbiocène (Albrecht, 2003). En forgeant ce cadre conceptuel autour de la symbiose, le philosophe environnemental fournit un langage pour décrire le monde vers lequel nous voulons aller, et ne pas rester bloqué dans le passé.  
Nous souhaitons fournir les premiers outils intellectuels et réflexifs qui nous permettront de façonner des habitabilités au sein du Symbiocène. C’est à nos yeux une chance pour les designers d’en faire leur « dessein » : un projet de transformation ou de redirection s’inscrivant pleinement dans une politique de la Terre conceptualisée par Bruno Latour en 2010 – qui permet à chaque vivant d’être le co-auteur de cette œuvre commune (coopération de co : ensemble et opera : œuvre) – et la politique du Care définie par J. Tronto en 2009 qui consiste à « maintenir, perpétuer et réparer notre monde de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible ».

Symbiodesign : à la base, les mots

L’Anthropocène et la crise écologique apparaissent pour nous comme des expressions uniformisantes et angoissantes. Elles décrivent un homme blanc dont la mission consisterait à sauver l’humanité de ses propres excès. Nous sommes convaincus qu’un travail sur les mots est nécessaire pour permettre de dessiner les lignes de nouveaux imaginaires positifs. Dans la continuité du travail de G. Albrecht, nous déployons notre attention aux mots pour aider chacun à réfléchir et agir autrement face aux dégradations, ressentir de nouvelles émotions. Pour définir un nouvel horizon, nous nous attachons ainsi à fournir et utiliser des terminologies différentes s’inscrivant dans un cadre conceptuel nouveau. Nous désirons ouvrir plusieurs pistes à cette réflexion. 

Le poids symbolique des mots… au service d’idéologies modernes.

Les mots cristallisent les phénomènes, les personnes et les objets qui nous entourent. De par leur usage, ils se chargent de significations renvoyant à des imaginaires individuels et partagés. Cependant, certains mots sont galvaudés, épuisés de leur sens premier : résilience, environnement, développement durable ou encore économie (pour ne citer qu’eux). Les notions que ces mots défendent ont été perverties par une classe qui en a pris possession pour justifier sa propre existence. Le terme économie par exemple, a été délibérément emprisonné dans un de ses champ régional, celui de l’intendance comme le définit le philosophe Alain Deneault (2020). À travers ses multiples apparitions dans l’histoire et sa démocratisation grâce aux travaux des naturalistes du XVIIIe siècle comme Gilbert White, l’économie apparaît alors riche de sens et non plus réduite à la simple idée d’argent, de consommation voir de capitalisme (Denault, 2020). Bien au contraire, l’économie consiste à penser la pertinence des rapports, les relations fécondes entre des éléments que l’on met en rapport (individus, institutions, actions, idées, principes, imaginaires…). Dans cette perspective redonnant au terme toute sa noblesse, nous serions alors « tous économistes ». L’économie n’est plus ce concept abstrait et inaccessible abandonné à une classe autoproclamée d’économistes. Cet exemple nous conforte dans l’idée de nettoyer ces mots des imaginaires pervertis qui les habitent. 

« On ne soigne pas les maux d’aujourd’hui avec les mots d’hier » (Albrecht, 2020). Les langues sont vivantes et se construisent dans le temps. Il sera donc nécessaire de créer et éprouver de nouveaux mots qui permettront de décrire les phénomènes et les émotions sans précédent que nous vivons. Imprégné par l’idée de la Symbiose, Albrecht définit un cadre conceptuel inspirant à partir duquel nous avons démarré notre réflexion terminologique. Plutôt que d’imaginer l’avenir avec des négativités (anti-, contre-, dé-), nous nourrissons nos imaginaires des « métaphores du vivant : le nid, la poussée, la croissance d’un enfant ou d’une plante, le tissage des hyphes d’un mycélium, l’éclatement en ombelle d’un collectif… » (Damasio, 2020). 

Les langages des vivants parmi les vivants.

Les cultures animistes ont acquis un savoir qu’il éprouve dans leurs pratiques ancestrales : celui de traduire les significations du vivant (Morizot, 2019). Ils ont ainsi su établir des formes de réciprocité avec les autres vivants qu’ils respectent dans leur altérité : des relations diplomatiques (Morizot, 2019). Ces autres que nous avons transformés en minorités ont finalement énormément à nous apprendre. Ils intègrent une puissante diversité qui augmente leur représentation du monde. Les Inuits par exemple possèdent quinze mots pour décrire la neige. Ils utilisent le mot uggianaqtuq qui évoque un « ami agissant de manière irrationnelle et imprévisible, comme s’il était saoul ». Le climat est devenu uggianaqtuq. Pour témoigner leur amour, les indiens yanomami disent « Ya ipi irakema » signifiant « j’ai été contaminé par ton être une partie de toi y vit et y grandit » (ou « je t’aime »…). Cette richesse sémantique illustre la relation intime qu’ils entretiennent avec ce que nous appelons globalement nature et que nous avons transformée en chose. Leur langue décrit des liens intimes à la Terre, une position ancrée au sein du monde vivant. L’idée défendue ici n’est pas uniquement de multiplier le nombre de mots dans notre vocabulaire mais surtout de rendre palpables les liens sensibles que nous tissons avec les autres vivants. C’est épaissir, enrichir  notre rapport aux êtres pour leur donner une consistance, une manière d’exister.

Origine du concept de symbiodesign

Au commencement, le biomimétisme. Puis, la symbio-inspiration

Nous nous sommes rencontrés dans les allées de la Biomim’expo pour sa première édition en 2018. Ce showroom « référent sur le biomimétisme et la bioinspiration » réunit des centaines d’acteurs (entreprises, start-up, chercheurs, institutions, écoles, etc.), s’inspirant des « prouesses » de la nature pour innover. Nous étions conquis par les présentations de quelques intervenants tel que Gauthier Chapelle mais sceptiques devant ce paysage technologique qu’offraient les stands sur fond de photos d’animaux ou de végétaux. Le pont mental n’est effectivement pas évident. Probablement parce que « la nature ne construit ni machines…», ni avions, ni robots aurait sans doute poursuivi Karl Marx (d’après ses manuscrits de 1857-1858). Les départements de R&D de grands groupes, quelques Start-up très inspirées (ou opportunistes parfois) se sont emparées de ce processus d’innovation (définition Wikipédia) pour l’internaliser dans leurs équipes de recherche, voire dans de rares cas compléter leurs discours marketing d’une couche d’exotisme. 

Cette admiration pour les miracles réalisés dans la « nature » que les ingénieurs tentent de mimer, n’est malheureusement pas synonyme de qualité environnementale. Le « mauvais élève », pourtant emblématique parmi les exemples biomimétiques, est celui du velcro (la forme des crochets étant inspiré du fruit de la bardane). Ce produit phare a remplacé des lacets en fibre végétale par une structure à base de plastiques issus de la pétrochimie… Aujourd’hui se sont les robots « mimant » les comportements d’insectes et autres lézards qui fleurissent dans les salons. Face à l’engouement technologique qu’ils suscitent, la réflexion sur leur empreinte écologique et sociale catastrophique n’est jamais mentionnée.

Les innovations biomimétiques restent donc souvent cantonnées à des domaines technologiques (pollueurs pour beaucoup) et ne questionnent que trop rarement les usages dans une perspective de basculement systémique et culturel… Sans doute que les questions abordant la soutenabilité sociale et environnementale, l’éthique, la raison d’être même de l’innovation ne sont que rarement intégrés dans les projets des départements R&D.

Retournons aux fondamentaux du biomimétisme, dont l’essence même a nourri notre engouement pour l’innovation inspirée du vivant. Le biomimétisme a été largement popularisé par la biologiste Janine Benyus dans son ouvrage Biomimicry : Innovation Inspired by Nature (1997). C’est un processus d’innovation basé sur le transfert de connaissances de la biologie vers d’autres disciplines. L’approche autant philosophique que scientifique, tend à s’inspirer de l’ingéniosité et des stratégies du vivant qui constitue un immense savoir de 3,8 Mi années de recherches et d’expérimentations.

Ingénieur agronome et ancien élève de Janine Benyus, Gauthier Chapelle rappelle dans son excellent ouvrage Le Vivant Comme Modèle paru en 2015, le rôle central de la théorisation des principes du vivant dans la naissance du biomimétisme. Les règles de fonctionnement du vivant ont été établies par Hoagland & Dodson (1995) à partir d’un constat universel : « la vie crée les conditions favorables à la vie ». En voici une sélection parmi les 16 originels : – la vie utilise peu de thèmes pour générer de multiples variations (contrairement à nous qui jouons avec le tableau de Mendeleïev comme avec une boite de chimiste) – la vie encourage la diversité – la vie crée à partir d’erreur – la vie fonctionne par cycle – la vie recycle tout ce qu’elle utilise – la vie tend à optimiser plutôt qu’à maximiser – la vie est compétitive sur un socle de coopération – la vie est interconnectée et interdépendante, etc. Ces principes du vivant ont été repris (reformulés et nuancés) par Janine Benyus pour l’adapter à un public d’ingénieurs et designer biomiméticiens.

Le vivant dont nous faisons partie – ne l’oublions pas – est donc un réservoir de connaissances infini, à la fois sur le plan éthique (Chapelle évoque un code de conduite) et sur le plan opérationnel, tel un outil de diagnostic puissant pour évaluer la durabilité d’une innovation et sa compatibilité avec la biosphère.

Du point de vue du concepteur, la « nature » n’est donc donc pas qu’un modèle architectural ou technologique que l’on jalouserait. L’enjeu consiste surtout à intégrer l’ensemble de ces principes dans le cahier des charges afin d’amener à se poser les bonnes questions (et éviter le « biomim washing »…).

La spécificité du biomimétisme par rapport à la bio-inspiration (plus modeste dans l’approche) réside selon Janine Benyus dans cette recherche de durabilité. La chercheuse propose 3 niveaux permettant de classer les innovations inspirées du vivant qui sont autant d’étapes successives vers l’éco-compatibilité.

  • S’inspirer des formes des êtres vivants afin d’améliorer les performances environnementales   (sans prise en compte systématique de l’impact global). C’est le niveau le plus accessible (techniquement et intellectuellement parlant) mais surtout celui qui ne remet pas en question l’usage. Le biomorphisme, comme on l’entend souvent, se limite à une approche technique et esthétique (le stade pékinois en forme de nid d’oiseau par exemple) .

→  TGV martin-pêcheur, l’éolienne-baleine, l’effet lotus, la peau de requin, etc.

  • S’inspirer de la chimie des matériaux du vivant afin de réduire la toxicité et la consommation d’énergie à la fabrication. « La vie fonctionne par cycles et recycle tout » rappelaient Hoagland et Dodson (1995). Chaque substance produite dans la nature (qu’on associerait à un déchet) devient ressource pour un nouvel organisme. C’est un principe de base (repris dans la méthode Cradle to cradle). Les recherches autour de la synthèse de bio-matériaux trace le chemin d’une chimie plus respectueuse de l’environnement, dite « verte » (Warner et Anastas, 1998),  i.e plus compatible avec la biosphère à mesure qu’elle se rapproche des conditions in vivo (milieu aqueux, température et pression ambiante, etc.). C’est autrement plus complexe que le niveau précédent car les procédés naturels reposant sur les principes du vivant sont à l’opposé de nos modes industriels (chimie chaude, matières toxiques, etc.). Pour le dire simplement, ce serait demander à nos usines de fonctionner comme la nature. Le principe des bio-usines est prometteur : utiliser des organismes vivants pour produire à la place de nos industries (ex : la culture d’algues pour fabriquer du biogaz, etc.). 

→ Les bio-ciment inspirés des coraux, le byssus de moule et la soie d’araignée (pour leur ténacité hors-norme), etc.

  • S’inspirer des écosystèmes, ou plutôt des différents types de relations qui permettent le maintien des écosystèmes naturels (résilient et durables), en vu de créer de la coopération au sein de nos sphères d’activités. Par rapport aux deux niveaux précédents, plus techniques qu’organisationnels, cette gymnastique intellectuelle nous oblige à nous replacer dans le champs de l’étude, à questionner nos interdépendances et à changer d’échelle (territoire, réseau d’entreprise, etc.). Nous lui préférons le terme symbiomimétisme imaginé par G. Albrecht (2020). 

En guise d’illustration, l’exemple du balbuzard pêcheur tiré du livre de Gauthier Chapelle illustre les 3 niveaux de biomimétisme

– niveau 1 : s’inspirer des microformes des barbules pour améliorer la performance environnementale d’un objet volant

– niveau 2 : étudier la nature de la plume pour reproduire ses caractéristiques pour des bio-matériaux (jusqu’à  recréer les conditions de fabrication du milieu naturel) 

– niveau 3 : comprendre le rôle du nid d’oiseau dans son milieu, les services rendus à l’écosystème, afin de reproduire des mécanismes de coopération similaires dans la sphère d’activités humaines (échange de bons procédés, etc.)

Nous positionnons notre approche dans ce 3ème niveau en ajustant la focale sur les éléments symbiotiques, c’est-à-dire en s’inspirant des stratégies d’associations mutuellement bénéfiques entre les vivants observés. C’est selon nous le mode de conception le plus juste et le plus pertinent car il questionne de façon systémique la compatibilité avec le milieu en plaçant les principes du vivant au coeur des délibérations.  

La permaculture : une application concrète de « l’économie de la nature »

Dans la poursuite de la symbio-inspiration, l’exemple d’application concret qui a nourri nos principes éthiques et d’actions est la permaculture (culture de permanence). Développée par Bill Mollison et David Holmgren dans les années 1970 et 1980, celle-ci est une démarche, à l’origine agricole, basée sur la conception de systèmes humains inspirée de l’étude et de la perception sensible des écosystèmes naturels. La permaculture requiert une attention particulière dans la qualité du sol et son bon fonctionnement. Le sol, que ce soit en agriculture ou dans un tout autre domaine, permet l’ancrage (pas nécessairement la sédentarisation) et le bon développement des racines d’une culture, d’une organisation, d’un système…

Elle se construit autour trois principes éthique (prendre soin des gens, prendre soin de la terre, partager équitablement les ressources) et une douzaine de principes d’actions. Selon Charles Hervé-Gruyer, co-fondateur de la ferme du Bec Hellouin, la permaculture permet de retrouver « quelque chose de chasseur-cueilleur dans le paysan d’aujourd’hui », c’est-à-dire prélever que les intérêts du capital naturel environnant, construire une spiritualité fondée sur le respect de la vie, instaurer des interdits selon les périodes de l’année. Différents lieux, en France comme à l’étranger, font la preuve de nouvelles manières de cultiver la terre, dans un respect profond et un lien intime et sensible au vivant.

Au-delà de l’approche agricole, la permaculture tourne l’être vers est une expérimentation permanente des relations au sein du milieu dans lequel il évolue, vers la recherche de ce que la biologiste Louise Browaeys nomme «d’autonomie relationnelle » (2019). Cultiver cette capacité d’indépendance  dépasse le champs de la permaculture (culture du sol) pour rejoindre celui des entreprises (culture des liens) et de l’ éducation (culture de soi). La permaculture est ainsi devenue un point de départ crucial de notre réflexion.

Sources

Glenn Albrecht, Les émotions de la Terre, Des nouveaux mots pour un nouveau monde,  Les Liens Qui Libèrent, 2020.

Paul T. Anastas et John C. Warner, Green Chemistry : Theory et Practice, Oxford University Press, New York, 1998.

Aurélien Barrau, Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité, Michel Lafon, 2020. 

Janine Benyus, Biomimétisme : Quand la nature inspire des innovations durables, rue Chéquier, 2017 [1997].

Dorothée Browaeys, Manifeste pour refonder le progrès, janvier 2020.

Louise Browaeys, Accompagner le vivant, Relier écologie, permaculture, éducations alternatives, gouvernance organique, 2018.

Gauthier Chapelle, Le vivant comme modèle, Albin Michel, 2015.

Alain Damasio, Pour le déconfinement, je rêve d’un carnaval des fous, qui renverse nos rois de pacotille, Reporterre, avril 2020 (lien). 

Alain Deneault, L’économie de la nature, Lux, 2019.

Charles Hervé-Gruyer et Perrine Hervé-Gruyer, Vivre avec la Terre, Actes Sud, 2019.

Mahlon B. Hoagland, Bert Dodson, Judy Hauck, Exploring the Way Life Works: The Science of Biology, Jones and Bartlett, Inc; Academic ed. edition (15 Feb. 2001).

Bruno Latour, Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise, AOC, 2020.

Bruno Latour, Où atterrir ? La Découverte, 2017.

Bruno Latour, Politiques de la terre, une brève introduction, Leçon inaugurale rentrée du collège universitaire de Sciences Po, août 2019 (lien).

Lynn Margulis, Symbiotic Planet, a New Look At Evolution, Basic book, 2008.

Karl Marx,  Manuscrits de 1857-1858, Les Éditions sociales, Paris, 2011, p. 660-662

Bill Mollison, Introduction to Permaculture, Tagari Publications, éd. révisée, 1997.

Alexandre Monnin, Emmanuel Bonnet, Diego Landivar, Il faut renoncer aux futurs déjà obsolètes, Entretien Usbek & Rica (lien).

Baptiste Morizot, Manières d’être vivant, Actes Sud, 2020.

Anna TSING, Le champignon de la fin du monde, La Découverte, 2017.

Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care, La Découverte, 2009 [1993].